36.4 C
Tunisie

 Annulation controversée du spectacle de JenJoon à Boukornine

Published:

Un concert très attendu du rappeur tunisien JenJoon, prévu dans la soirée du lundi 25 août au théâtre de plein air de Boukornine, a tourné au chaos. L’annulation soudaine du spectacle a déclenché des violences parmi les spectateurs et soulève aujourd’hui une vive controverse sur la gestion des espaces culturels publics en Tunisie.

Une soirée sous haute tension

Le théâtre de Boukornine avait été loué par une société privée dans le but d’organiser ce concert. Cependant, peu avant l’heure prévue, JenJoon a refusé de se produire, dénonçant le non-respect des exigences techniques et sonores de la part des organisateurs.

La réaction du public, déjà massivement présent dans les gradins, ne s’est pas fait attendre. Des jets de bouteilles, mouvements de foule, vitres brisées et scènes de panique ont été observés, forçant l’intervention rapide des forces de l’ordre. Grâce à leur action, un drame a pu être évité de justesse.

Des responsabilités floues

Au-delà de l’incident lui-même, cet événement met en lumière une opacité inquiétante dans la gestion des lieux culturels publics. En l’absence d’un conseil municipal ou même d’un secrétaire général à la tête de la municipalité de Hammam-Lif – pourtant propriétaire du théâtre – de nombreuses questions restent sans réponse :

  • Qui a autorisé la location du théâtre ?
  • Sur quelle base la société privée a-t-elle obtenu l’autorisation d’organiser ce concert ?
  • Quelles garanties ont été exigées pour assurer la sécurité du public et le respect des normes techniques ?

Il est important de préciser que cet événement n’a aucun lien avec le Festival International de Boukornine, qui s’est clôturé officiellement le 21 août.

L’invasion du privé dans les théâtres publics

Depuis plusieurs années, un phénomène préoccupant prend de l’ampleur en Tunisie : la privatisation progressive des événements culturels estivaux. De plus en plus de concerts sont organisés, souvent immédiatement après la fin des festivals officiels, dans des théâtres publics par des entreprises privées ou des individus, sans véritable encadrement.

Des lieux prestigieux comme Carthage, Hammamet, Bizerte ou Boukornine deviennent ainsi des scènes pour des spectacles dont la légitimité, la sécurité et la qualité artistique sont parfois discutables. Ce glissement vers une logique purement commerciale va à l’encontre de la vocation culturelle et publique de ces espaces.

Historiquement, ces théâtres ne pouvaient être loués qu’à des associations sportives, sociales ou caritatives, selon des critères clairs, dans un but de soutien à leurs activités. L’utilisation par des sociétés privées à but lucratif restait strictement réglementée.

Vers une nécessaire réforme

Les incidents de Boukornine ne sont pas un cas isolé. Ils illustrent un problème plus large de gouvernance culturelle, qui exige désormais une réaction urgente des autorités compétentes, à commencer par le ministère de la Culture.

Il est impératif de :

  • Réviser les conditions de location des théâtres publics,
  • Clarifier les responsabilités légales des organisateurs,
  • Renforcer le contrôle et l’évaluation des événements privés,
  • Restaurer l’image des festivals culturels officiels, aujourd’hui concurrencés par des initiatives parfois douteuses.

Sans une régulation claire, ce sont non seulement la sécurité du public et la qualité des événements qui sont en péril, mais également l’intégrité même du patrimoine culturel tunisien

Actualités.

spot_img

Recent articles

spot_img