ESS : Récit d’une chute annoncée

Published:

 L’idée d’une “faillite annoncée” pour l’ Étoile Sportive du Sahel ne relève pas du hasard, mais d’un enchaînement de dysfonctionnements installés dans la durée.

Sur le plan financier, le club est fragilisé par des dettes importantes, des salaires élevés et des conflits juridiques, souvent sanctionnés par la FIFA. Ces contraintes ont limité sa capacité à recruter et à se renouveler efficacement.

À cela s’ajoute une instabilité au niveau de la direction. Les changements fréquents à la tête du club ont empêché toute vision à long terme, laissant place à des décisions ponctuelles, sans réelle cohérence.

En 2026, l’urgence est absolue : près de 6 milliards à trouver avant la fin du mois de juin pour éviter l’asphyxie. Mais cette crise n’est pas née d’hier. Elle est le produit d’une décennie d’erreurs structurelles, d’aveuglement stratégique et d’une gouvernance défaillante.

L’illusion Charfeddine : l’argent sans modèle

Entre 2012 et 2021, Ridha Charfeddine a incarné une présidence puissante en apparence, mais profondément déséquilibrée dans ses fondations.

Le modèle reposait sur une logique dangereuse : injecter de l’argent sans construire de système. Les salaires ont explosé, multipliés parfois par dix, les contrats longue durée ont été distribués sans cohérence sportive ni financière, et les recrutements ont souvent relevé plus de l’opportunité que d’une vision.

Le pire restait à venir : des engagements non respectés, des salaires impayés, des litiges à répétition. Résultat, une avalanche de plaintes devant les instances internationales et des condamnations financières lourdes.

Le discours du président — « j’ai donné de ma poche » — n’a jamais suffi à masquer la réalité : un club ne se gère pas par générosité personnelle. Il se structure, s’équilibre et se projette.

n quittant ses fonctions en 2021, acculé par les échecs sportifs, il laisse derrière lui une dette estimée à 40 milliards, malgré des promesses répétées de ne jamais abandonner un club endetté.

Une succession sans rupture

Après son départ, l’espoir d’un redressement rapide s’est vite dissipé.

Maher Karoui n’a pas reproduit les excès financiers de son prédécesseur, mais il a multiplié les erreurs stratégiques. Le retour de Roger Lemerre relevait davantage du symbole que d’un véritable projet. Plus grave encore : des joueurs à forte valeur ont quitté le club sans générer de recettes significatives.

Puis Othman Jneyah a offert un sursaut avec un titre de champion en juin 2023. Une victoire qui aurait pu servir de point de départ à une reconstruction. Mais aucune réforme structurelle n’a suivi. Le club a gagné… sans se sauver.

Enfin, l’arrivée de Zoubeir Beya à la présidence a entretenu l’illusion du renouveau. Mais la réalité est tout autre : une gestion à distance, des promesses sans concrétisation, et une double faillite — sportive et financière.

Comme dans la célèbre chanson : “Paroles, paroles”. Les mots n’ont jamais suffi à redresser une institution.

Une crise de gouvernance

La situation actuelle dépasse largement la question financière. Elle révèle une crise profonde de gouvernance.

Absence de dirigeants expérimentés dans la gestion de projets complexes, incapacité à structurer un modèle économique viable, manque de vision à moyen terme : l’Étoile navigue sans cap.

Or, dans le football moderne, un club ne peut plus survivre sans discipline budgétaire, sans stratégie de valorisation des actifs et sans pilotage professionnel.

Juin 2026 : l’instant vérité

À court terme, l’équation est brutale : trouver 6 milliards pour survivre.

Deux solutions s’imposent :

-Vendre les joueurs disposant encore d’une valeur marchande, au risque d’affaiblir l’équipe.

-Faire appel aux supporters, à travers des collectes ou contributions exceptionnelles.

Mais ces derniers n’accepteront de mobiliser leurs ressources qu’à une condition : voir émerger un plan crédible, structuré, transparent, avec une vision claire sur trois ans.

Sauver plus qu’un club

L’Étoile Sportive du Sahel n’est pas qu’une équipe. C’est une institution, une identité, une histoire.

La sauver ne passera ni par des discours, ni par des solutions d’urgence répétées. Cela exige une refondation totale : une gouvernance professionnelle, une gestion rigoureuse, et surtout une vision.

Car aujourd’hui, le club paie le prix de ses erreurs passées. Et sans rupture immédiate, il continuera à hypothéquer son avenir.

L’urgence est là. Le temps des paroles est terminé.

Reste à savoir si une réforme profonde permettra au club de se redresser durablement.

Actualités.