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Quand la route devient une zone de non-droit

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La disparition tragique du juge Slim El Madini, à seulement quarante-six ans, dans un accident de la route, n’est pas un simple fait divers. Elle agit comme un révélateur brutal d’un mal profond qui ronge nos routes depuis des années : l’installation progressive d’un désordre devenu presque banal.

Les images du drame laissent peu de place au doute : l’excès de vitesse semble en cause. Mais au-delà des circonstances précises, c’est un phénomène plus large qui interpelle. Dans de nombreuses zones urbaines et sur les grands axes, certains chauffeurs de taxi collectif adoptent une conduite dangereuse, faite de dépassements hasardeux, de courses improvisées, de circulation à contresens et d’un mépris affiché des feux et priorités. Ce qui relevait autrefois de l’exception tend aujourd’hui à devenir une norme tolérée.

Le problème ne se limite pas à des comportements individuels isolés. Le transport collectif est structuré autour de sociétés disposant de flottes importantes. Pourtant, malgré l’accumulation d’infractions parfois innombrables, des véhicules continuent de circuler normalement, d’obtenir leurs autorisations annuelles et de poursuivre leur activité comme si leur historique était vierge. Cette réalité soulève une question centrale : comment un système censé réguler et contrôler peut-il laisser perdurer de telles pratiques ?

La réponse ne peut se contenter d’invoquer la fatalité. À force de banaliser l’imprudence, on finit par intégrer le risque dans le quotidien. Or, lorsque l’excès de vitesse en zone habitée devient un réflexe, lorsque le non-respect des règles élémentaires n’entraîne ni crainte ni sanction effective, on ne parle plus d’erreurs ponctuelles, mais d’un dysfonctionnement structurel.

Les citoyens voient. Ils constatent chaque jour les mêmes scènes : des véhicules qui se livrent à des courses dans les quartiers, des manœuvres périlleuses sur l’autoroute, des infractions répétées sans conséquence visible. Cette perception d’impunité alimente un sentiment d’injustice et d’abandon.

Dire « paix à son âme » ne suffit plus. Le deuil, aussi légitime soit-il, ne peut tenir lieu de politique publique. Ce drame doit inviter à une réflexion sérieuse sur la responsabilité, le contrôle et l’application effective de la loi. Car une route où la règle ne s’impose plus à tous devient un espace de danger permanent.

Et lorsqu’un système sait, observe et n’agit pas avec la fermeté requise, il ne s’agit plus seulement d’un problème de conduite. Il s’agit d’un problème d’État.

Hamza Ben Mrad

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