Face au défi croissant du changement climatique, l’agriculture tunisienne joue sa survie. Alors que les saisons de sécheresse s’enchaînent et que les barrages se vident progressivement de leurs réserves, une lueur d’espoir émerge des laboratoires et des start-ups technologiques du pays : l’Intelligence Artificielle. Du nord céréalier aux oasis du sud, des ingénieurs tunisiens déploient des algorithmes pour optimiser chaque goutte d’eau.
L’irrigation de précision au centilitre près
Le secteur agricole consomme près de 80 % des ressources en eau de la Tunisie. Dans ce contexte de pénurie, le gaspillage est interdit. C’est là que l’IA intervient. Plusieurs start-ups tunisiennes conçoivent désormais des systèmes connectés qui analysent en temps réel les données météorologiques, l’humidité des sols et l’évapotranspiration des plantes.
Grâce à des algorithmes prédictifs, ces technologies permettent aux agriculteurs de savoir exactement quand et quelle quantité d’eau apporter à leurs cultures. « L’IA nous permet de passer d’une agriculture d’habitude à une agriculture de précision. On peut économiser jusqu’à 40 % d’eau tout en améliorant le rendement », explique un ingénieur agronome basé à Medjez el-Bab.
Drônes et vision par ordinateur au secours des récoltes
L’imagerie satellite et les drones, dopés à la vision par ordinateur, transforment également la gestion des cultures. Des modèles d’apprentissage profond (Deep Learning) sont entraînés pour détecter les premiers signes de maladies ou d’attaques de parasites sur les oliviers ou les arbres fruitiers, bien avant qu’ils ne soient visibles à l’œil nu.
Cette détection précoce permet de cibler les traitements de manière ultra-localisée, réduisant drastiquement l’usage des produits chimiques et préservant les sols tunisiens déjà fragilisés.
Il est à rappeler dans ce cadre que le groupe technologique Telnet a été precurseeur dans ce cadre depuis le mois de mars 2022 en intègrant notamment des fonctionnalités Agritech sur son satellite Challenge One (premier satellite tunisien) pour collecter des données massives et piloter des équipements à distance dans les zones isolées
Le satellite a mené depuis avec succès plusieurs expériences dans l’utilisation de l’agriculture intelligente dans la région de Jendouba, au nord-ouest du pays.
Ces expériences visent à améliorer la productivité agricole en exploitant la technologie de l’Internet des objets.
Le défi de la démocratisation
Cependant, pour que cette révolution porte ses fruits, elle doit franchir les portes des laboratoires pour atteindre le petit agriculteur de Siliana ou de Sidi Bouzid. Le coût initial des capteurs, la couverture internet en zone rurale et la résistance au changement restent des barrières majeures.
Le futur de la sécurité alimentaire en Tunisie ne dépendra pas seulement de la performance des algorithmes, mais de la capacité de l’État à subventionner et à vulgariser ces technologies auprès de ceux qui nourrissent le pays.
