La quatrième édition de la manifestation ramadanesque « Tajalliyat El Halfaouine » s’est achevée dans la soirée du mardi 10 mars 2026 à la place El Halfaouine, au cœur de la médina de Tunis, avec un spectacle musical soufi intitulé « Badr Ettamem », présenté par cheikh Fadhel Sakka, accompagné d’un groupe de mounchidines et de danseurs.
Cette soirée mystique a replongé le public dans l’ambiance des chants religieux du « dhikr » et du « madih nabawi », redonnant au lieu historique de Halfaouine toute son aura culturelle.
La place El Halfaouine a connu une affluence notable de passionnés de musique soufie et du patrimoine musical spirituel. Le public a accompagné avec ferveur les différentes parties du spectacle, portées par un rythme mystique et une interprétation collective pleine d’harmonie. Dès les premières notes, une atmosphère de recueillement et de sérénité s’est installée, portée par les voix des « mounchidines » qui se mêlaient aux sonorités du bendir et de la darbouka. Les mouvements chorégraphiques des interprètes sont venus, quant à eux, enrichir les tableaux chantés d’une dimension visuelle à la fois expressive et harmonieuse.
D’une durée d’environ 90 minutes, le spectacle a réuni 35 artistes au chant, aux percussions et aux performances chorégraphiques, ce qui a conféré à la représentation une remarquable esthétique visuelle.
« Badr Ettamem » se présente comme une œuvre artistique soufie visant à valoriser le patrimoine immatériel de la musique mystique de la région de Mahdia. Le spectacle propose un choix de poèmes et d’invocations soufies dédiées à l’éloge du Prophète Mohamed, tout en mettant en lumière les spécificités de la tradition locale d’inchad propre à cette région.
La performance s’est distinguée par la fusion d’éléments issus de deux confréries soufies, la « Issaouia » et la « Soulamiya », tout en intégrant plusieurs maqams orientaux. Cette approche musicale vise à préserver l’esprit du patrimoine soufi tout en le présentant dans une forme artistique contemporaine. Certaines parties du spectacle s’appuient également sur des poèmes inspirés de manuscrits rares et de recueils traditionnels d’inchad, conférant à la création une dimension patrimoniale et documentaire.
Le spectacle s’est ouvert par un « moujarrad » dans le maqam sika intitulé « besm el karim bdina », suivi de la récitation du poème « nour el-moustafa », avant de laisser place à des extraits de la « maoulidiya » et à plusieurs noubas soufies. Le programme comprenait également des chants et invocations tels que « sallou ala badr ettamem », « zayn assifet », « nzed ennabi » et « ya Emna bouchraki », ainsi que des noubas emblématiques du patrimoine mahdoui comme « Allah ya mawlana » et « Nouba Sika », en plus de « Nouba om ezzine », interprétée dans le maqam sika selon la tradition musicale propre à la région de Mahdia.
Cette création artistique se distingue également par une particularité scénique remarquable : les interprètes y entremêlent le chant, les percussions, notamment le bendir et la darbouka, ainsi que la danse et les mouvements du rituel soufi. Chaque artiste y déploie ainsi plusieurs expressions à la fois, faisant naître sur scène un tableau vivant où les gestes, les rythmes et les voix se répondent dans une parfaite harmonie.
Cheikh Fadhel Sakka, artiste professionnel depuis 1993 et spécialiste de l’inchad « la issaouia », a par ailleurs participé avec sa formation à plusieurs manifestations internationales en Egypte, en Turquie et en Grèce, où leurs prestations ont été saluées, contribuant à faire connaître les spécificités du patrimoine soufi tunisien.
Le spectacle « Badr Ettamem » a ainsi clôturé en beauté la quatrième édition de « Tajalliyat El Halfaouine », une manifestation qui met à l’honneur la richesse du patrimoine immatériel tunisien à travers des spectacles musicaux et des performances qui font vibrer les lieux emblématiques de la médina de Tunis, renouant ainsi avec l’âme culturelle de ces espaces chargés d’histoire.





