IA en Tunisie : Le grand mirage technologique

Published:

À écouter les discours officiels et les panels des forums technologiques qui se succèdent dans notre pays, la Tunisie serait aux portes d’une révolution numérique majeure, portée par l’Intelligence Artificielle.

Pourtant, derrière les distinctions honorifiques et les données flatteuses sur « le potentiel des talents », la réalité du terrain est beaucoup plus sombre. La Tunisie est en train de rater le wagon de l’IA, prisonnière de ses lenteurs bureaucratiques et d’un manque criant de vision politique.

L’illusion des classements et la réalité de la fuite des cerveaux

On se félicite régulièrement de voir la Tunisie figurer sur le podium africain de la préparation des talents (2e rang selon l’AI Talent Readiness Index). Mais à quoi sert-il de former à grands frais près de 1 400 spécialistes par an si l’État se contente de les regarder fuir par la suite le pays?

Sans un cadre réglementaire moderne, sans capitaux et sans perspectives locales, la Tunisie s’est transformée en une pépinière low-cost pour les géants du numérique européens et du Golfe.

Notre pays est malheureusement en train de subventionner l’éducation et la formation d’une élite qui crée par la suite de la valeur ailleurs, exacerbant une fuite des cerveaux que rien ne semble pouvoir endiguer.

Une stratégie nationale fantôme

Le constat est sans appel : alors que les grandes puissances et les voisins régionaux injectent des milliards dans leurs infrastructures de calcul et leurs cadres légaux, la stratégie nationale tunisienne en matière d’IA reste un éternel chantier administratif. Annoncée, révisée, puis repoussée, cette feuille de route gouvernementale brille par son absence de concrétisation budgétaire.

Pendant ce temps, les start-ups locales étouffent. Elles font face à une réglementation des changes préhistorique qui bloque leur expansion internationale et à une dépendance totale vis-à-vis des infrastructures cloud étrangères, faute d’une souveraineté numérique locale digne de ce nom.

Le risque du décrochage

L’indépendance de la recherche (comme les travaux portés historiquement par l’ATIA) ou les succès d’estime culturels ne suffisent plus. Sans un sursaut politique immédiat, une refonte du code des changes et un investissement massif dans la puissance de calcul locale, l’IA en Tunisie restera ce qu’elle est aujourd’hui : un joli sujet de conférence pour une élite connectée, pendant que l’économie réelle décroche du reste du monde.

Actualités.